La Soledad, une perle espagnole

La Soledad, une perle espagnole

Les douleurs les plus grandes sont souvent muettes : la preuve avec ce film puissant et maitrisé.

Un film de Jaime Rosales avec Petra Martinez, Paloma Mozo, Nuria Mencia, Miriam Correa, María Bazán. Drame. Espagne. 2007. 2h 13min. Sortie cinéma le 11 juin 2008.

C’est l’histoire de deux femmes qui à priori n’ont rien en commun. Il y a d’abord Adela (Sonia Almarcha). Jeune femme dans la trentaine, mère célibataire (qui à l’occasion se dispute avec son ex), plongée dans une certaine routine. Décidée à bouger, évoluer, elle part avec son petit enfant à Madrid où elle trouve une collocation avec deux jeunes gens tout à fait sympathiques.

Il y a ensuite Antonia (Petra Martinez), une femme vieillissante , mère de trois filles (dont l’une est la colocataire d’Adela) qui a refait sa vie avec un autre homme suite au décès de son mari. Antonia est propriétaire d’une petite supérette et se contente des plaisirs simples de la vie. Toujours présente pour ses enfants, elle veille une de ses filles, qui est malade et va à l’hôpital, et fait tout pour que ses relations familiales restent les plus saines possibles.

Nous suivons le quotidien de ces deux femmes de tous les jours, dans leurs gestes les plus simples. Et petit à petit vient s’instaurer La Soledad (traduction : la solitude). Ne vous fiez pas aux apparences, derrière le calme et le soleil apparents se préparent de terribles drames…

La Soledad parle des choses simples de la vie et parvient à les magnifier à l’aide d’une réalisation aussi originale que maitrisée. Le réalisateur Jaime Rosales s’obstine à filmer à travers des portes, des fenêtres, des couloirs. Comme si le spectateur était toujours quelque part tenu à distance des protagonistes, observant leur solitude et incapable de les rejoindre. Sur l’écran aussi on remarque des tas de barrières, sous toutes les formes. Murs, cloisons, balançoire, barre de bus…Autant d’élements qui séparent les deux femmes du reste du monde. Enfin, de temps à autre l’écran se scinde réellement en deux par le biais d’un split screen très élégant, nous permettant de découvrir plusieurs personnages, actions, dans le même temps ou simplement admirer le décor. Les audaces formelles ne manquent donc pas à ce long-métrage faussement tranquille qui instaure un lien tout particulier entre le spectateur et ses deux héroines.

Pendant une heure, on se laisse aller. On admire le sens des plans, du cadrage, on profite du très bon travail sur le son, on pénètre petit à petit dans les univers si familiers d’Adela et Antonia. Et soudain, on comprend. Des chamboulements importants arrivent dans leur vie et cela va tout changer. Si pour Adela le malheur viendra par le plus triste des hasards, pour Antonia l’enfer viendra de petites choses à priori insignifiantes mais qui vont prendre des proportions monstrueuses. Alors qu’on est en train de rêvasser sur son fauteuil c’est ainsi qu’un bus explose, qu’un enfant meurt, qu’une vie s’arrête. Et jamais le réalisateur ne soulignera la moindre émotion. Il retrouvera la mère désespérée des semaines après le drame. Cette pudeur, mêlée tout de même à une infinie sensibilité fait mouche. Pour ce qui est d’Antonia, ce qui va la ruiner et la plonger en plein enfer n’est autre qu’une infame histoire d’argent. Et c’est bien connu, les histoires de sous, il n’y a rien de pire pour briser les liens familiaux. Une de ses filles va lui demander de l’aide pour s’acheter un appartement secondaire pour ses vacances. Cette demande va semer la zizanie entre les soeurs et pousser Antonia à quitter son appartement de toujours pour vivre avec son nouveau compagnon. Une vie qui ne lui conviendra pas vraiment, loin de toute attache et souvenirs. Solitude, tristesse contenue et infinie…

Douleurs muettes mais évidentes dans un film aussi cruel que subtil. La Soledad est un véritable choc, une triste peinture de l’humanité. Les liens de toutes sortes (amicaux, amoureux, familiaux) y éclatent ou demeurent simplement impossibles. Malgré une longueur certes conséquente, le film touche droit au coeur et dispose de cette force qui vous amène à y repenser longtemps après l’avoir vu. C’est dur, mais c’est beau.

Jonathan Fischer

 

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